Gavriel H. Feist - Site officiel


Envie de pousser d'autres portes vers l'Imaginaire ? Les lectures de Gav sont autant de clefs sur un trousseau.

#1 LE SORTILÈGE DE LA DAGUE

de Katharine Kerr

Lorsque l’ami Breth m’a invité à chroniquer mes lectures, je me suis dit qu’il avait dû forcer sur l’hydromel. Je ne m’étais jamais prêter à ce genre d’exercice… Mais il faut dire aussi que nous devions être deux à avoir vidé la cave du pauvre tavernier, parce que j’ai accepté cette folle proposition. Alors, je suis rentré chez moi, me suis glissé sous la couette et ai continué ma lecture du moment. Il se trouve que j’en étais au deux tiers d’un livre publié en 1986 au États-Unis et traduit chez Mnémos en 2005, un livre passionnant que j’ai dévoré. Excusez-moi, j’ai encore du papier entre les dents.

Ah, c’est mieux comme ça ! Un livre passionnant donc, écrit par Katharine Kerr et intitulé « Le Sortilège de la dague. »

Faut-il croire en la réincarnation ? C’est en substance, ce qu’il convient de se demander après avoir lu ce récit, le premier d’une trilogie. Il n’est pas question de moines bouddhistes dans cette histoire. Rapport à la réincarnation, vous me suivez ? En réalité, nous suivons les pérégrinations d’un personnage doué pour le dweomer, à savoir la magie d’un monde médiéval imaginaire. Affublé du nom énigmatique de Persaunn, ce personnage traverse les décennies, inaccessible à la mort, pour réparer une tragédie survenue dans sa jeunesse. En effet, trois individus sont morts autour de lui, perdus pour cette existence. Pour cette existence, oui, mais pas pour les suivantes. Vous me suivez toujours ? Parce que dans l’univers de Katharine Kerr, les âmes reviennent à la vie, les dettes du passé pesant lourdement sur les épaules de leurs avatars.

L’auteure aborde des relations complexes entre ses personnages. La passion et la haine s’entremêlent, tout comme l’honneur et la jalousie. La malice n’est jamais loin des intrigues que noue cette épopée fantastique et l’inceste y impose une empreinte qui heurte le lecteur dans ses convictions et ses valeurs. Les rebondissements sont légions – parfois heureux, mais le plus souvent au détriment des personnages – tandis que la magie prend la forme de petites créatures issues d’un Peuple Sauvage qui n’est pas sans rappeler les légendes de Bretagne et des terres d’outre-Manche.

La construction du récit est quant à lui, particulièrement originale… Insolite, dirai-je même ! Il y a en effet très peu de chapitres, mais ceux-ci ont des longueurs extrêmement différentes. J’ai compté près de deux cents pages pour l’un d’entre eux ! Ça peut paraitre déconcertant au premier abord, mais on finit par s’y habituer. En réalité, l’histoire est tellement prenante qu’on y est aspiré, faisant fi du déséquilibre des chapitres.

En refermant cet ouvrage, j’ai eu envie de lire la suite. Je le ferai sûrement dans les prochains mois et vous en toucherai deux mots. Enfin, si tel est mon Wyrd… Vous vous demandez peut-être ce qu’est un Wyrd, n’est-ce pas ? Je peux vous dire que ce n’est pas un excès d’hydromel, mais pour le reste, je vous invite à le découvrir en lisant « Le sortilège de la dague. »

Quatrième de couverture :

« Au royaume de Deverry un jeune seigneur égoïste causa la mort de deux amants innocents. Rongé par le remords, il jura de ne trouver le repos qu'après avoir réparé ce tort.

Quatre cents ans plus tard, ce prince est devenu le puissant magicien Persaunn et cherche toujours à expier sa faute : Dans la toile qu'il a tissée, il a attiré les âmes de Rhodry, prince exilé d'ascendance demi-elfe et de Jill, fille d'un mercenaire aux dons magiques insoupçonnés. Ensemble, ils devront poursuivre la longue quête de leurs destins cachés… »

#3 LA DÉCLARATION – LA RÉSISTANCE – LA RÉVÉLATION

de Gemma Malley

Une fois n’étant pas coutume, c’est d’une trilogie dont je vais vous toucher deux mots. Et oui, trois pour le prix d’un. Bien sûr, j’aurai pu chroniquer ces ouvrages les uns après les autres, mais j’ai eu la chance d’acquérir une édition intégrale, publié au Club France Loisirs. Pour ceux qui se posent la question, j’ai effectivement eu une carte d’adhérent au Club, mais c’était avant qu’on y trouve des produits cosmétiques, des programmes de consommations aussi diverses que variées, ainsi que des offres de voyages à l’étranger... Bref, je parle d’un temps où France Loisirs proposait uniquement des produits culturels. C’était une autre époque !

Et d’une autre époque, il en est justement question dans l’œuvre de Gemma Malley dont les livres sont successivement parus en 2007, 2008 et 2010. En effet, l’auteure nous propulse dans une Angleterre futuriste et dystopique où la plupart des ressources naturelles ont été épuisées. L’énergie elle-même y est rationnée. A qui la faute ? A la surpopulation mondiale, pardi ! A ce stade, le lecteur s’angoisse et se questionne. Serait-ce un récit d’anticipation ? Que fait la science pour répondre à ce problème ? Ah, la science ! Elle y tient une place prépondérante, puisque grâce à elle, le vieillissement des individus a été suspendu et leur vie s’en est retrouvée incroyablement prolongée. L’Humanité n’a-t-elle jamais tenté d’atteindre l’immortalité ? Aussi, dans un tel monde, faire des enfants devient déraisonnable, rapport au manque de ressources. Pire que ça, c’est devenu un crime !

On débute le récit en découvrant l’une des conséquences de ce crime en la personne d’Anna. Cette fillette est un Surplus, enfermée dans un pensionnat réservé aux enfants indésirables et destinés à s’acquitter des tâches les plus ingrates de la bonne société londonienne. Bref, les enfants sont devenus des esclaves modernes, des parasites dont l’existence même, illégitime, est un fléau.

Mais Anna est aussi un personnage attachant, doté d’un grand cœur et d’un fort tempérament. Ce sont des traits de caractère qui ne feront que grandir tout au long de ces trois livres. Courageuse et intelligente, la fillette sera confrontée à de terribles épreuves personnelles, mais elle ne sera jamais seule pour y faire face. En effet, Anna pourra s’appuyer sur le soutien d’une galerie de personnages, enfants et adultes, aux parcours de vie jalonnées de déceptions, de trahisons et de drames. C’est là, un aspect particulièrement intéressant de l’histoire : tous les protagonistes sont des écorchés de la vie, des paumés ou encore des êtres brisés. L’auteure donne ainsi un visage humain à ce monde déshumanisé.

Ce récit est un questionnement éthique et permanent sur notre futur ? Comment devons-nous encadrer les progrès inévitables de la science ? Faut-il, comme le dépeint Gemma Malley, laisser les perspectives de ces progrès aux mains avides de quelques individus fortunés ou exerçant un pouvoir politique ?

Une histoire à lire et à méditer qui ne laissera pas le lecteur indifférent.

Une histoire qui soulève une question à chaque chapitre et bien plus encore lorsqu’on  referme le livre après le point final.

Quatrième de couverture :

« Angleterre, 2140. Les adultes peuvent choisir de ne plus mourir s’ils renoncent à faire des enfants. Anna vit depuis presque toujours au Foyer de Grange Hall un pensionnat pour les Surplus, des enfants qui n’auraient pas dû naître, des enfants dont les parents ont défié la loi en les mettant au monde. Anna n’a plus de parents désormais. Confinée dans l’enceinte du pensionnat, elle travaille très dur, pour effacer leur faute.

Anna a tout oublié de son passé.

Jusqu’au jour où arrive un jeune garçon qui semble la connaitre. Mais qui est ce Peter ? Pourquoi ne la laisse-t-il pas tranquille ? Et pourquoi elle, Anna, se sent-elle soudain si troublée ? »

#2 LES DOSSIERS CTHULHU

Tome 1 : Sherlock Holmes et les Ombres de Shadwell

de James Lovegrove

Le texte original date de 2016, mais la traduction française a quant à elle, été publiée cette année chez Bragelonne (2018.) Avant même d’aborder le récit en lui-même, il faut prendre le temps, non pas d’ouvrir une bouteille, mais de s’arrêter sur le livre, le livre en tant qu’objet. Et quel bel objet ! Formes arrondies, dorures, en-têtes de chapitres et numéros de page stylisés… Le livre n’est pas encore ouvert, qu’on est déjà séduit par son esthétisme. Cependant, comme le dit le proverbe : on ne juge pas un livre à sa couverture. Il est donc temps de tourner les pages… et accessoirement, de se verser un verre.

D’une certaine manière, ce texte peut être considéré comme le match du siècle. Et dans les faits, ça l’est, puisque nous assistons à la rencontre de deux poids lourds de la littérature. Ça va cogner fort !

Quelle étrange idée en effet, d’organiser un match entre deux univers qui, au demeurant, semblent être aux antipodes l’un de l’autre !

Ding, ding, ding…

Dans un coin du ring, nous avons Sherlock Holmes, célèbre détective créé par l’anglais Arthur Conan Doyle au XIXème siècle. De l’autre côté, nimbé d’une brume sombre, se trouve Chtulhu, créature monstrueuse d’origine extraterrestre, née sous la plume de l’américain Phillips Lovecraft au début du XXème siècle. Les paris sont lancés. La cote est de un contre un. Que le combat commence !

Ne pariez tout de même pas toutes vos économies, car aucun des deux champions ne sortira vainqueur de cette rencontre. Ou plutôt, aucun des deux ne sera perdant, car en place et lieu d’un match sanglant, nous assistons à une danse parfaitement chorégraphiée par James Lovegrove. C’est un pas de deux où chacun des univers s’imbrique à merveille dans l’autre. Ils virevoltent dans une lumière tamisée, cernés par la pénombre, pour produire un ballet réussi.

Le légendaire esprit de déduction de Sherlock Holmes devient alors un partenaire qui sublime la magnifique folie que suscitent les terrifiantes créatures apparentées à Chtulhu. Le récit nous est compté par le Docteur Watson, caution scientifique de cette enquête au frontière du paranormal. Et de frontière, il en est justement question. Frontières entre la vie et la mort, entre le rationnel et l’aberrant, entre les certitudes et les doutes. Toutefois, il est difficile de distinguer à quel moment on franchit ces frontières, tant l’action est prenante et le récit bien construit.

Ding, ding, ding…

Le premier round touche à sa fin. L’enquête était, somme toute, assez classique dans sa résolution, mais s’ouvre sur une intrigue qu’on devine plus profonde, plus sombre. Est-ce que j’attends le suivant, annoncée en France pour le début de l’année 2019, avec une réelle impatience ?

Élémentaire, mon cher Watson, élémentaire…

Quatrième de couverture :

« Automne 1880. Le Dr John Watson rentre d’Afghanistan. Blessé et prêt à tout pour oublier son passé, Watson voit sa vie changer lorsqu’il rencontre Sherlock Holmes. Le détective enquête sur une série de décès survenus dans le quartier londonien de Shadwell. Des victimes qui semblent mortes d’avoir été affamées pendant des semaines ont été retrouvées, alors qu’elles ont été vues en bonne santé à peine quelques jours plus tôt…

Holmes établit un lien entre les morts et un sinistre baron de la drogue qui cherche à étendre son empire criminel. Cependant, Watson et lui sont bientôt obligés d’admettre que des forces sont à l’œuvre dont la puissance dépasse l’imagination. Des forces que l’on peut invoquer, à condition d’être assez audacieux ou assez fou… »