Gavriel H. Feist - Site officiel


Tante Aglaé était morte.

Pour Vicky, ce n’était pas une si mauvaise nouvelle que ça. Bien sûr, la jeune femme avait aimé sa tante, mais elle ne pouvait nier que la maladie de celle-ci lui pesait lourdement. Au fil des ans, Aglaé avait progressivement perdu son autonomie, nécessitant l’accompagnement de sa nièce pour la quasi-totalité des gestes de la vie courante. Vicky s’y était pliée, plus ou moins de bonnes grâces, car elle était la seule famille qui restait à la vieille femme dans la région. Toutefois, elle n’avait pas envisagé que, ce qui ne devait être qu’un simple coup de main au démarrage, deviendrait un asservissement de chaque instant.

Le nettoyage était devenu son quotidien.

Désormais, elle était libre et cette liberté allait de paire avec un très bel héritage. Vicky avait eu du mal à croire le notaire, mais Aglaé lui avait légué un magot insoupçonné. La vieille femme avait mené une existence austère, dans un dénuement presque complet. Qui aurait pu croire qu’en définitive, elle possédait une telle fortune ? En maintenant, celle-ci appartenait à Vicky.

La jeune femme en avait définitivement fini avec le nettoyage.

Avec l’argent, elle décida de partir en vacances, chose qu’elle s’était toujours refusé de faire à cause de la santé déclinante de sa tante. Elle s’offrit une suite dans un luxueux hôtel au bord de la mer.

La chance lui souriait enfin. Que pouvait-il lui arriver, maintenant qu’elle était à l’abri du besoin ? Vicky inspira profondément par le nez, savourant ce moment de plénitude. Les yeux fermés, elle laissa son esprit vagabonder librement, tandis que les rayons du Soleil lui caressaient le visage.

Soudain, un cri lui vrilla les oreilles et Vicky manqua de tomber à la renverse, se prenant les pieds dans un canapé en cuir blanc. Posée sur la table-basse, une mouette venait d’entrer par la fenêtre. En quelques becquetées, elle engloutit les chocolats de bienvenue offerts par la Direction de l’hôtel.

« Vas-t-en ! » s’écria la jeune femme en faisant de grands gestes vers cet indésirable invité.

L’oiseau déploya ses ailes en renversant plusieurs bibelots. Il s’envola et fit le tour du propriétaire en arrachant plusieurs cristaux au lustre suspendu. Avec un cri assourdissant, la mouette se posa sur un immense écran plat. Vicky hurla pour chasser le volatile qui reprit son envol en brisant le téléviseur au sol avant d’atterrir sur le canapé où il vomit les chocolats.

La mouette disparut par la fenêtre.

Cette nouvelle vie commençait par… un nettoyage.

Février 2018